PHILIPPE PARAGEAUD
COACH PROFESSIONNEL - MEMBRE DE L'ICF
THÉRAPEUTE

TÉL : 06 95 90 13 20

Le cabinet de coaching de Bordeaux : un coaching professionnel ou personnel pour dirigeants, managers, personnes en recherche d'un accompagnement sur Bordeaux

COACHING A BORDEAUX ET SAINT JEAN D'ILLAC
On 11:01 by philippe parageaud

ETUDE D'UN COACHING DANS LE FILM  "LE DISCOURS D’UN ROI"


Ce film retrace la relation entre le futur roi d’Angleterre Georges VI à la veille de la seconde guerre mondiale et son thérapeute du langage, Lionel Logue, aux méthodes peu conventionnelles. Il illustre de façon magistrale et sensible ce qui se joue entre le client et le thérapeute. Le discours d’un roi, est ici analysé sous l’angle d'un coaching… réussi.

Le prince Albert, Duc d’York et futur Georges VI, surnommé Bertie par sa famille,  est incapable de s’exprimer en public du fait d’un bégaiement profond. Il cherche à vaincre cette difficulté pour assumer pleinement son rôle de prince puis de monarque à une époque où la radio envahit l’espace public. Après avoir essayé sans succès de nombreux orthophonistes Londoniens, son épouse le « traine » dans le cabinet d’un thérapeute de l’élocution Australien peu orthodoxe, Lionel Logue.
Logue ne possède pas de diplôme. En revanche, il  a une bonne connaissance de «  l’humain », une pratique thérapeutique développé en accompagnant des soldats de la première guerre mondiale en état de stress post-traumatique et atteints de problèmes d’élocution ; il maitrise l’art du questionnement, des répliques qui font mouche et adopte une posture empathique, bienveillante, souvent confrontante et parfois provocatrice. La provocation semble à priori inadaptée au coaching. Nous pensons que Logue la pratique pour deux raisons. D’abord parce qu’elle fait partie à certains moments de son processus thérapeutique mais également parce qu’il a parfaitement décrypté la personnalité de son client et estimé que celui-ci était en mesure de s’y adapter sans difficulté.


Le processus

Le début du film est marqué par l’étonnante similitude entre les trois premiers rendez-vous et les étapes du processus de coaching. La demande émane de l’épouse du client (épouse du Duc d’York) qui fait office de commanditaire. Le client (le Duc D’York) refuse dans un premier temps : « c’est hors de question » puis fini par accepter un premier entretien» !

Les trois premiers rendez-vous :
-          Une première réunion Logue / épouse du Duc d’York (coach / commanditaire)
-          Un premier entretien (coach / coaché)
-          Une réunion « tripartite » (Logue, commanditaire, coaché)

  La réunion Logue / épouse du Duc d’York : (coach / commanditaire).

Lors de ce premier rendez-vous, Logue fait émerger le besoin du client : « mon mari doit s’exprimer en public » ! Puis il  vérifie que ce besoin est réaliste et écologique: « Si vous pouvez m’éclairer sur sa personne je jugerai du traitement à entreprendre ! » et enfin que le client est volontaire : Logue : « Je suis sûr de reconnaitre celui qui veut se soigner » !  Le commanditaire : « Il veut se soigner ! ». Après avoir accepté une clause de confidentialité demandée par le commanditaire : « Vous comprendrez qu’une absolue discrétion s’impose », il lui fait part de son propre code de déontologie :
Logue :
-          « C’est moi qui fixe les règles du jeu ! »
-          « Ma méthode ne fonctionne que si je traite d’égal à égal dans mon cabinet de consultation ! Aucune exception ! »

  Le premier entretien (coach / coaché)

Logue rencontre le Duc d’York lors d’un premier entretien. Lors de cette rencontre, il essai au début de créer les conditions de l’alliance : Il respecte le protocole : « on m’a dit de ne pas me mettre trop près » et tente de mettre son client à l’aise. Il vérifie ensuite son implication : « je suis prêt à vous soigner seulement si vous en manifester le désir ». Il met ensuite en application sa règle de déontologie d’une relation d’égal à égal : « je vous appellerai Bertie (le surnom du Duc), appeler moi Lionel ». Bien que le Duc ait probablement été informé par son épouse de ce point important, Logue a besoin de vérifier qu’il est en capacité de supporter cette proximité inhabituelle pour un membre de la famille royale mais indispensable selon lui à son travail thérapeutique. Puis, il lui fait préciser la demande : Logue : « Pourquoi êtes-vous ici ? » Le Duc : « pour mon foutu bégaiement ». C’est la première demande du Duc d’York (demande explicite) : traiter son bégaiement.
Logue analyse ensuite le contexte :
-          « De quand date votre déficience ? » 
-          « chez vous c’est venu quand ? »
-          « vous hésitez quand vous pensez ? » 
-          « et quand vous parlez seul ? »
Enfin, il montre bien au Duc qu’une cooptation mutuelle est nécessaire : « Je n’ai pas encore accepté de vous prendre ! ».
Agacé par les méthodes de Logue, le Duc se rebelle, refuse le contrat, décide de ne pas donner suite et « claque la porte » en emportant toutefois un enregistrement de sa propre voix effectuée par Logue.
Pendant cet entretien nous avons observé chez le client les nombreuses émotions qui le traverse au travers des échanges verbaux mais aussi du langage non verbal particulièrement riche chez le Duc. Après le départ du Duc, Logue, seul dans son cabinet, s’interroge sur sa pratique après ce premier entretien : « comment ?» 

Une réunion « tripartite »

Le Duc a choisi de revoir Logue après avoir écouté l’enregistrement de sa voix. Il est accompagné de son épouse (le commanditaire).
Le « commanditaire » impose certaines conditions : « de la mécanique pure ». Le « client » accepte d’être accompagné mais avec des aménagements : « pas de questions indiscrètes ! ». Logue tente de convaincre sans succès le commanditaire et le client du bien-fondé d’une thérapie complète : « les exercices physiques sont utiles mais ne feront qu’effleurer votre problème ». Finalement, il respecte les demandes du commanditaire et du client et accepte la prise en charge. Aurait-il pu refuser le coaching ? Probablement, mais nous pensons que Logue garde espoir de le convaincre ultérieurement du bien-fondé d’un traitement complet. De plus il est sans doute prêt à quelques concessions dès lors que ses règles déontologiques sont acceptées par le commanditaire et le client.  

Le contrat

Il est oral. Le Duc : « Je suis prêt à travailler assidument Dr Logue ; Est-te vous prêt à faire ce qu’il faut pour m’aider ? »  Logue : « Et bien soit, de la mécanique pure ».
Nous avons à faire ici à un accompagnement prescrit par le commanditaire (l’épouse du Duc), accepté par le client (Duc d’York) et validé par le Thérapeute / coach (Logue).
Nous venons de voir, en analysant ces trois premiers entretiens, que dès les premiers instants, Logue impose ses règles déontologiques : « Ici c’est moi qui fixe les règles du jeu ! ».  Il considère que la confiance réciproque est primordiale et décisive dans la réussite de l'accompagnement et l'efficacité de la relation. Nous remarquons également que Logue a une bonne connaissance des « jeux psychologiques » et qu’il maîtrise les subtilités du triangle de Karpman et ses trois positions (persécuteur / victime / sauveur).


La conduite du changement

Puis, les séances s’enchaînent, une valse s’installe entre Logue et le Duc entre jeux, résistances et humour. Ils s’apprivoisent réciproquement. Le roi est un client travailleur, combatif, motivé. Il est soutenu par son thérapeute / coach.

Travail de deuil

A la suite du décès du Roi Georges V, David, le frère ainé du Duc d’York, lui succède. Le Duc supporte mal le comportement du nouveau roi très attaché à madame Simson qu’il voudrait épouser. Ce mariage semble impossible puisque cette dernière est divorcée. Le Duc se confie à Logue, évoque son passé et laisse entrevoir ses émotions bien visibles dans le langage non verbal. C’est une deuxième demande (demande implicite cette fois). Il ne s’agit plus seulement de traiter le bégaiement mais d’accompagner le Duc sur un travail de deuil, d’accueil des émotions (peurs, angoisses) après la mort du Roi Georges V et le comportement frivole de son frère le roi Edouard. Logue a respecté  la confidentialité sur la vie privé du Duc jusqu'au moment où celui-ci vient pour poser des mots sur ses douleurs, son passé, son éducation, les enjeux familiaux. Il le questionne, mais brièvement,  laissant au Duc de longs temps de parole pour lui permettre d’avancer dans son travail de deuil. Logue l’encourage à s’exprimer sur son passé dans un travail à dominante psychanalytique. A ce moment la relation n’est plus d’égal à égal. Le thérapeute coach est perçu par le Duc, qui retrouve des traits d’enfant,  comme un père attentif en qui il peut avoir confiance dans une relation transférentielle. Pour (Angel et Moral 2009) le transfert est : « un phénomène est inconscient qui consiste en la reviviscence de sentiments, de craintes, de comportements et de pensées qui ont été vécus au cours de l’enfance avec une personne importante, le plus généralement les parents ».  Logue, conscient de ce qui se joue, utilise la prise en charge de « l’enfant » du Duc  par son propre « Parent » dans une relation symbiotique de dépendance naturelle (nous sommes en effet au-delà d’une relation contractuelle) selon les termes de l’analyse transactionnelle ». Dans ce passage, ce sera la seule fois dans le film,  le Duc d’York nomme son thérapeute par son prénom : Lionel.

Conseil, mentorat, supervision

Lors de la séance suivante, dans une intervention de conseil voir de mentorat, Logue prend alors un risque : dire au Duc d'York, loyal à son frère, ce que ce dernier ne veut pas entendre, à savoir qu’il pourrait accéder au trône en éclipsant son frère. Fou de rage, ébranlé dans ses croyances,  le Duc rompt avec son Thérapeute / coach. Logue est sorti de son rôle de thérapeute et le paie cash.

Cet échec pèse sur Logue qui le vit mal. Il est tenu à la confidentialité et ne peut pas partager ses doutes avec un confrère. Ce sera finalement son épouse qui jouera le rôle de « superviseur » et l’éclairera en lui disant « Peut-être voulais-tu plus que lui qu’il réussisse...». Le temps donnera raison à Logue sur le déroulement des faits à savoir l’abdication de son frère qui préfère épouser Madame Simson et l’accession au trône de son client.

Permissions, recadrages

Après l’abdication de son frère, le futur monarque renoue avec Logue. Celui-ci réalise alors un travail sur les peurs et les angoisses du Duc. Il utilise entre-autres des outils tels que la permission : «vous êtes votre propre maître Bertie » et le recadrage : « aujourd’hui votre père n’est plus là, vous n’êtes pas tenu de le trimballer dans votre poche (l’effigie de Georges V sur une pièce de 1 shilling), ni lui ni David (son frère)». Dans ce passage le visage du roi est longuement porté à l’écran. Il s’éclaire progressivement  mettant en évidence un changement progressif des émotions ressenties par le Duc.

Posture , confrontation et permission

Puis le Duc convoque Logue pour la préparation de la cérémonie officielle du couronnement à Westminster. C’est la troisième demande du client (prise de fonction) : un accompagnement pour l’investiture puis la préparation du premier discours d’entrée en guerre avec l’Allemagne après l’abdication de son frère.

Dans ce passage du film, après une altercation avec le roi,  Logue dévoile, avec ses mots, les fondements de sa posture : « il m’a fallu leurs redonner confiance en leurs voix (celles des soldats traumatisés qu’il soignait pendant la guerre)  en leurs montrant qu’un ami les écoutait ; je suppose que cela vous évoque quelque-chose ! ». « Jouer le rôle d’un ami » correspond bien à la posture empathique et bienveillante d’un coach. Logue aurait probablement pu expliciter sa posture lors du premier entretien avec le Duc et éviter ainsi de nombreux malentendus au lieu d’évoquer une simple relation d’égal à égal comme il le fit.
 
Dans cette même scène, Logue confronte le roi par ses répliques et son attitude jusqu’à ce que dernier « accouche » enfin par lui-même en hurlant : « Parce que je veux me faire entendre, parce que moi aussi j’ai une voix ! ». « Oui, vous en avez une ! » réplique Logue. C’est bien le client qui a fait l’essentiel du travail grâce aux opérations de confrontations (Eric Berne) du thérapeute / coach. Cette scène se termine par une permission donnée au futur monarque : « vous ferez un fichu bon roi ».

Cohésion du groupe

Puis, la guerre à l’Allemagne étant déclarée, le monarque doit prononcer un discours radiodiffusé à la nation. Ce discours solennel, avec l’aide de Logue, est parfaitement réussi, sans bégaiement. Il impose le nouveau roi comme ciment de la nation et rempart face au nazisme. Le roi est alors porteur de sa vision et confiant dans sa propre identité. C’est l’incarnation de ce discours du roi George VI qui permet à la cohésion de prendre forme. Les membres du groupe (le peuple) acquièrent la vision de l’environnement telle que le leader la communique au travers de l’appareil idéologique ». (Théorie Organisationnelle de Berne)

Conclusion


Logue contribuera à ce que le Duc d’York, peu sûr de lui et handicapé par son bégaiement, se reconnaisse finalement en capacité d'assurer sa fonction de roi et puis réussisse un superbe discours de soutien à la nation entrant en guerre. A sa mort en 1952, Georges VI fait l'unanimité du peuple anglais en deuil ; il l'a touché par sa simplicité, son courage et son humanisme révélés durant l'épreuve de la deuxième guerre mondiale. Ce destin étonnant s'est joué notamment sur une rencontre. 


Philippe PARAGEAUD
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